Tournus, porte de la Bourgogne du Sud

Tournus, ville de Saône-et-Loire située en bord de Saône, est une des « portes d’entrée » de la Bourgogne du Sud. Elle est particulièrement fréquentée pour son abbaye St Philibert, de style roman clunisien, remarquablement conservée.

Tournus - vue depuis la Saône (adapté de Adrian Michael - wikipedia)

A consulter : – sur cette page : l’abbaye St Philibert : historique et description

page suivante : l’hôtel-Dieu et le Musée Greuze, les autres églises de la ville, le musée du vélo

 

L’abbaye St Philibert

Histoire de la construction :

Au IIème siècle, Tournus est une garnison romaine importante : point stratégique par la proximité de la Saône, c’est une sorte de magasin fortifié où viennent s’entasser toutes les provisions de l’armée. A cette époque, St Valérien, qui a fui les persécutions de chrétiens à Lyon, évangélise les habitants de Tournus. Il est décapité en 179 et inhumé à l’emplacement actuel de la crypte. Un oratoire est érigé à l’emplacement de son tombeau au IVème siècle. Au VIème siècle, Gontran, roi de Bourgogne, y crée un monastère.

Sept siècles après le martyre de Valérien, en 875, l’abbaye, ses dépendances ainsi que la ville de Tournus et son castrum sont donnés par l’empereur Charles II le Chauve à la communauté des moines de Nourmoutier. En effet, ces moines qui gardaient les reliques de St Filibert (ou Philibert), fondateur du monastère de Noirmoutier, ont été obligés de fuir les attaques viking et sont venus se réfugier à Tournus avec les reliques du saint. La date du 19 avril 875 est donc retenue comme étant celle de la fondation de l’abbaye.

En 937, les bâtiments sont endommagés lors des invasions hongroises.

La (re)construction de l’abbaye débute à la fin du premier millénaire et se poursuivra jusqu’au XIIème siècle.

Après quelques dissenssions entre la communauté de Valérien et celle de Philibert, les deux communautés fusionnent : en 979, les reliques de St Valérien sont déposées dans la crypte, tandis que celles de St Philibert seront placées dans le choeur de l’abbaye. Désormais, c’est principalement St Philibert qui sera vénéré à Tournus, même si Philibert et Valérien sont les deux patrons de la nouvelle église, achevée à la fin du millénaire.

Au tout début du XIème siècle, un incendie oblige à reprendre une partie de la construction. Le chevet, les cinq chapelles rayonnantes et le transept avec absides semi-circulaires, datent de cette époque.

Le chœur de l’église est consacré en 1019. La construction de l’avant-nef (narthex) et de la chapelle St-Michel est ensuite entreprise, puis celle des voûtes de la nef centrale. (celle-ci étant auparavant couverte d’une simple couverture en bois)

L’église abbatiale est définitivement consacrée en 1120. Deux tours, une sur la croisée et l’autre au nord de la façade, sont ensuite ajoutées. Les bâtiments conventuels (cellier, réfectoire, salle capitulaire) datent également des XIème et XIIème siècles. D’autres chapelles sont construites aux XIVème et XVème siècle, ainsi que l’actuel palais abbatial.

Ainsi, l’église abbatiale, le cloître, la salle capitulaire, le réfectoire et le cellier constituent le seul ensemble monastique roman du XIIème siècle conservé en Europe.

En 1627, l’abbatiale devient collégiale (elle accueille des chanoines). Donnée à la vie civile à la Révolution, elle sera rétablie comme église paroissiale en 1802.

 


 


Description
:

L’église Saint Philibert se distingue par le dépouillement de son architecture et l’absence d’ornementation.

L’extérieur frappe par son aspect presque militaire, comme une forterresse avec une façade percée de meurtrières et couronnée de mâchicoulis. Seul le clocher en pierre rose rajouté côté Nord au XIIème siècle se détache élégamment de cette façade massive.

 

 

Tournus - façade de St Philibert (morbure - wikipedia)Tournus - le clocher en façade de St Philibert (Kristobalite - Flickr)

Au dernier étage du clocher, on distingue au centre,

les statues des deux saints, Valérien et Philibert.

 

L’église abbatiale St Philibert de Tournus est construite sur 3 étages : l’église souterraine avec la crypte, l’église du rez-de-chaussée où se tiennent les fidèles, et un dernier étage qui surplombe le narthex (l’entrée, ou avant-nef) et qui constitue la chapelle St Michel.

A l’entrée, le visiteur se trouve pris dans une semi-pénombre.Le narthex est divisé en trois vaisseaux (3 allées) et la voûte est soutenue par de gros piliers massifs.

Tournus - narthex de l'abbaye (D Villafruela - wilipedia)

On accède ensuite à la nef, qui surprend au contraire par sa luminosité. Les piliers sont ici bien plus élevés : 18 mètres de haut !

 

Mais la nef de Tournus est particulièrement célèbre par sa voûte (= le plafond) particulière : au lieu d’être constituée d’une voûte unique dans toute la longueur de la nef, elle est constituée de cinq parties perpendiculaires à la longeur avec voûtes en berceau transversal , ce qui représente un cas presque unique dans l’art roman.

Tournus - vue d'ensemble de la nef (www.patrimoine-histoire.fr)

Tournus – vue d’ensemble de la nef

 

 

Ci-contre et ci-dessous, les piliers en pierre rose et les arcs transversaux

qui alternent pierres blanches et briques roses.

Tournus - intérieur abbatiale 1 ( © Lucien Martinot sur art-roman.net)

   Tournus - La nef, avec berceaux transverseaux (kristobalite - flickr)

 

 

Cette disposition de la voûte a permis de percer des fenêtres hautes, qui donnent de la luminosité et mettent en valeur les pierres roses qui confèrent son atmosphère particulière à l’abbatiale St Philibert de Tournus.

Tournus - interieur de la nef (kristobalite - flickr)

Le chœur date du XIIème siècle, il comprend trois chapelles rayonnantes sur un déambulatoire en demi-cercle. En 2001, des travaux de rénovation ont permis de mettre à jour des mosaïques datant du XIIème siècle et représentant les signes du zodiaque, en alternance avec les mois de l’année. Trois couleurs de base furent employées : blanc-gris mat, rouge et noir mat, fournies par des pierres locales, ainsi que des marbres d’importation, blanc et bleu, provenant d’Italie.

Quatre médaillons sont bien conservés : le mois de mai, le signe des gémeaux, le mois de juin et le signe du cancer.

Tournus - mosaïques du choeur (ziyouxunlu - wikipedia)

Le signe du cancer

Tournus - mosaïques le mois de juin (ziyouxunlu - wikipedia)

Le mois de juin

 
Le déambulatoire ouvre sur cinq chapelles rayonnantes ; celle du centre est dédiée à Saint Philibert dont les reliques sont conservées ici.

Au sein de l’abbatiale, le visiteur pourra encore admirer quelques merveilles : les premiers chapiteaux de l’art roman ; des fresques peintes sur les arcs des bas-côtés ; une vierge en bois doré, Notre Dame de la Brune, du XIIème siècle ; et l’orgue de 1629.

 

 

Tournus - chapiteau (dvdbramhall - flickr)

Premiers chapiteaux de l’art roman en Bourgogne

tournus - fresques peintes sur arcs (d'après kristobalite - flickr)

Les fresques peintes sur les arcs

Tournus - Vierge en bois doré (site ville de Tournus)

Notre-Dame-de-la-Brune

 

La crypte, datant de la fin du Xème ou du tout début du XIème siècle, se trouve sous le choeur, exactement selon le même plan. Dans les chapelles de la crypte, on distingue encore de nombreuses fresques. Le tombeau de Valérien, mort martyre au IIème siècle (voir ci-dessus la partie historique), se trouve dans la chapelle centrale.

Tournus - crypte de St Philibert (kristobalite - flickr)

La crypte de l’abbatiale St Philibert

Tournus - crypte de l'abbatiale (kristobalite - flickr)

Une chapelle décorée de fresques dans la crypte

Tournus - crypte de St Philibert - fresque (dvdbramhall - flickr)

Une fresque de la crypte

 

Après la visite de l’intérieur de l’abbatiale, (ou avant 😉 ), ne manquez pas de faire un tour dans le cloître !

 

Tournus - cloitre de l'abbatiale (d'apres Dvdbramhall - flickr)Tournus - cloitre (Marie Astier sur Flickr)

La galerie nord est la mieux conservée.

 

Enfin, vous terminerez par la visite des bâtiments conventuels qui datent du milieu du Xlème siècle : autour du cloître, se trouvent le parloir (relié à l’église) et le cellier à l’ouest, puis la salle capitulaire, à l’est. L’aile sud, réédifiée dans la première moitié du XIIème siècle, abrite le réfectoire voûté, dont on peut admirer l’élévation. La salle capitulaire et le réfectoire servent aujourd’hui de lieux d’exposition.

Seule l’ancienne cuisine des moines, qui jouxtait le réfectoire, a disparu au XVIIème siècle.

Si pour les amateurs d’art roman, l’abbatiale St Philibert est le joyau de Tournus, la ville recèle toutefois d’autres monuments très intéressants. (voir page suivante)

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