L’abbaye St Philibert à Tournus

La petite ville de Tournus, en bords de Saône, est particulièrement connue pour son abbaye romane de style clunisien : Saint Philibert de Tournus.

Tournus - Vue d'ensemble de l'abbaye depuis le cloître

Vue d’ensemble de l’abbaye St Philibert de Tournus, depuis le cloître – Licence © Mon coin de Bourgogne

Historique

De l’époque romaine au Haut-Moyen-Âge :

Au IIème siècle, St Valérien, qui a fui les persécutions de chrétiens à Lyon, évangélise les habitants de Tournus. Il est décapité en 179 et inhumé à l’emplacement actuel de la crypte. Un oratoire est érigé à l’emplacement de son tombeau au IVème siècle. Au VIème siècle, Gontran, roi de Bourgogne, y crée un monastère.

Sept siècles après le martyre de Valérien, en 875, l’abbaye, ses dépendances ainsi que la ville de Tournus et son castrum sont donnés par l’empereur Charles II le Chauve à la communauté des moines de Nourmoutier. En effet, ces moines qui gardaient les reliques de St Philibert (ou Filibert), fondateur du monastère de Noirmoutier, ont été obligés de fuir les attaques viking et sont venus se réfugier à Tournus avec les reliques du saint. La date du 19 avril 875 est donc retenue comme étant celle de la fondation de l’abbaye.

En 937, les bâtiments sont endommagés lors des invasions hongroises.

Au Moyen-Âge :

La (re)construction de l’abbaye débute à la fin du premier millénaire et se poursuivra jusqu’au XIIème siècle.

Après quelques dissensions entre la communauté de Valérien et celle de Philibert, les deux communautés fusionnent : en 979, les reliques de St Valérien sont déposées dans la crypte, tandis que celles de St Philibert seront placées dans le chœur de l’abbaye. Désormais, c’est principalement St Philibert qui sera vénéré à Tournus, même si Philibert et Valérien sont les deux patrons de la nouvelle église, achevée à la fin du millénaire.

Au tout début du XIème siècle, un incendie oblige à reprendre une partie de la construction. Le chevet, les cinq chapelles rayonnantes et le transept avec absides semi-circulaires, datent de cette époque.

Le chœur de l’église est consacré en 1019. La construction de l’avant-nef (narthex) et de la chapelle St-Michel est ensuite entreprise, puis celle des voûtes de la nef centrale (celle-ci étant auparavant couverte d’une simple couverture en bois).

L’église abbatiale est définitivement consacrée en 1120. Deux tours, une sur la croisée et l’autre au nord de la façade, sont ensuite ajoutées. Les bâtiments conventuels (cellier, réfectoire, salle capitulaire) datent également des XIème et XIIème siècles. D’autres chapelles sont construites aux XIVème et XVème siècle, ainsi que l’actuel palais abbatial.

Ainsi, l’église abbatiale, le cloître, la salle capitulaire, le réfectoire et le cellier constituent le seul ensemble monastique roman du XIIème siècle conservé en Europe.

Après le Moyen-Âge :

En 1627, l’abbatiale devient collégiale (elle accueille des chanoines). Donnée à la vie civile à la Révolution, elle sera rétablie comme église paroissiale en 1802.
 

Description

L’église Saint Philibert se distingue par le dépouillement de son architecture et l’absence d’ornementation.

L’extérieur :

L’extérieur frappe par son aspect presque militaire, comme une forteresse avec une façade percée de meurtrières et couronnée de mâchicoulis. Seul le clocher en pierre rose rajouté côté Nord au XIIème siècle se détache élégamment de cette façade massive.
 

Au dernier étage du clocher, on distingue au centre, les statues des deux saints Valérien et Philibert.
Tournus - Façade de l'abbatiale

Façade de l’abbatiale St Philibert à Tournus – Licence © Mon coin de Bourgogne

Tournus - Zoom sur clocher de l'abbaye

Le clocher de l’abbaye St Philibert de Tournus : voir les statues des 2 saints en haut

 

L’église abbatiale St Philibert de Tournus est construite sur 3 étages : l’église souterraine avec la crypte, l’église du rez-de-chaussée où se tiennent les fidèles, et un dernier étage qui surplombe le narthex et qui constitue la chapelle St Michel.

Visite de l’intérieur :

A l’entrée, le visiteur se trouve pris dans une semi-pénombre. Le narthex (l’entrée, ou avant-nef) est divisé en trois vaisseaux (3 allées) et la voûte est soutenue par de gros piliers massifs. On distingue parfaitement les peintures en damier ou les arabesques peintes sur les voûtes, et quelques vestiges de fresques.

Tournus - Narthex de l'abbatiale

Narthex de l’abbatiale – Licence © Mon coin de Bourgogne

Tournus - Voûtes peintes dans l'abbatiale

Voûtes peintes dans le narthex

 

On accède ensuite à la nef, qui surprend au contraire par sa luminosité. Les piliers sont ici bien plus élevés : 18 mètres de haut !

Les amateurs d’architecture admireront la voûte (= le plafond) particulière : au lieu d’être constituée d’une voûte unique dans toute la longueur de la nef, elle est constituée de cinq parties perpendiculaires à la longueur avec des voûtes en berceau transversal , ce qui représente un cas presque unique dans l’art roman.

Cette disposition de la voûte a permis de percer des fenêtres hautes, qui donnent de la luminosité et mettent en valeur les pierres roses qui caractérisent le plus l’abbatiale St Philibert de Tournus.

 

Le chœur date du XIIème siècle, il comprend trois chapelles rayonnantes sur un déambulatoire en demi-cercle. En 2001, des travaux de rénovation ont permis de mettre à jour des mosaïques datant du XIIème siècle et représentant les signes du zodiaque, en alternance avec les mois de l’année. Trois couleurs de base furent employées : blanc-gris mat, rouge et noir mat, fournies par des pierres locales, ainsi que des marbres d’importation, blanc et bleu, provenant d’Italie.

Quatre médaillons sont bien conservés : le mois de mai (non présenté ci-dessous), le mois de juin, le signe du cancer et le signe des gémeaux.

 
Le déambulatoire ouvre sur cinq chapelles rayonnantes ; celle du centre est dédiée à Saint Philibert dont les reliques sont conservées ici.

Le visiteur pourra encore admirer quelques merveilles au sein de l’abbatiale : l’orgue de 1629 et une vierge en bois doré, Notre Dame de la Brune, du XIIème siècle (le revêtement doré date du XIXème siècle).
 


 

La crypte

N’oubliez pas de descendre à la crypte, datant de la fin du Xème ou du tout début du XIème siècle, et remarquablement conservée. Elle se trouve sous le chœur, exactement selon le même plan. Le visiteur pourra admirer les chapiteaux du début de l’art roman. Dans les chapelles de la crypte, on distingue encore de nombreuses fresques. Le tombeau de Valérien, mort martyre au IIème siècle (voir ci-dessus la partie historique), se trouve dans la chapelle centrale.
 


 

Le cloître et les autres bâtiments

Après la visite de l’intérieur de l’abbatiale, (ou avant 😉 ), ne manquez pas de faire un tour dans le cloître ! On peut d’ailleurs y accéder depuis l’une des rues à l’arrière de l’abbaye.
La galerie nord est la mieux conservée.

 

Enfin, vous terminerez par la visite des bâtiments conventuels qui datent du milieu du Xlème siècle : autour du cloître, se trouvent le parloir (relié à l’église) et le cellier à l’ouest, puis la salle capitulaire, à l’est. L’aile sud, réédifiée dans la première moitié du XIIème siècle, abrite le réfectoire voûté, dont on peut admirer l’élévation. La salle capitulaire et le réfectoire servent aujourd’hui de lieux d’exposition.

Seule l’ancienne cuisine des moines, qui jouxtait le réfectoire, a disparu au XVIIème siècle.

A voir à Tournus

Si pour les amateurs d’art roman, l’abbatiale St Philibert est le joyau de Tournus, la ville recèle toutefois d’autres monuments très intéressants, à découvrir sur la page consacrée à la ville de Tournus.
 

Merci à M. Yves Oudelette, conseiller municipal de Tournus, qui m’avait transmis une photo de la vierge en bois doré pour la version précédente de cette page. Vous pouvez consulter son site perso avec plein d’infos sur Tournus et ses environs.

 

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Page publiée le 22 septembre 2018